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Les bureaux et les chambres froides de
Sapmer, rue de la République à Saint-Denis,
en décembre 1959.

L’histoire de SAPMER mérite d’être racontée, tant le développement d’une activité de pêche dans les quarantièmes rugissants a exigé courage et ténacité. Voici le premier des quatre volets de cette aventure maritime.
En 1947, trois Réunionnais, Jean Chatel, Georges Michel et Raymond Latour, créent la Société Anonyme de Pêche Malgache et Réunionnaise (Sapmer). Ils ont pour partenaire un armateur malgache dont l’apport dans la société est constitué par Le Cancalais, trois-mâts à moteur auxiliaire et ancien terre-neuvas. L’année suivante, le 21 octobre 1948, Le Cancalais quitte le port de la Pointe-des-Galets et met le cap sur Saint-Paul et Amsterdam. Les deux petites îles françaises sont situées dans le sud de l’océan Indien, près des quarantièmes rugissants. Des goélettes de pêche en exploitent les eaux ­côtières depuis le début du XIXe siècle : elles abondent de fausse morue (cabot), une espèce alors très prisée à la Réunion, le Cancalais en rapporte 200 tonnes, séchées à son bord, au terme de sa première campagne.

Mais c’est une autre ressource que visent les fondateurs de Sapmer : Jasus paulensis, une langouste rouge de petite taille, dont la qualité de la chair est reconnue. En 1928, les frères Bossière avaient créé une conserverie sur place, avant d’abandonner trois ans plus tard dans des ­conditions dramatiques : près de la moitié du personnel avait été décimée par une épidémie de béri-béri.

Les premiers essais de pêche aux casiers effectués par Le Cancalais sont prometteurs. Sapmer achète un cargo frigorifique de 62 mètres et le transforme en langoustier-congélateur, armé de huit balei­nières motorisées. Le bateau est ­baptisé du nom de l’armement et le premier Sapmer part en pêche le 31 décembre 1949. Le Cancalais effectuera pour sa part une deuxième campagne à la fausse morue (cabot) avant d’être restitué à son armateur malgache. Sapmer devient «Société Anonyme de Pêche Maritime et de Ravitaillement».

Sous les ordres du capitaine Verdavainne, puis du capitaine Barbanton à partir de 1951, les marins bretons et réunionnais deviennent experts dans l’art de poser des casiers dans les «creux» où pullulent les langoustes. Les conditions sont difficiles mais les résultats paient bien la peine.

Dès le début, l’administration des Terres Australes et Antarctiques Françaises (dont dépendent Saint-Paul et Amsterdam et qui deviendra autonome en 1955) assure un suivi scientifique de cette exploitation, en collaboration avec le Muséum d’histoire naturelle de Paris. Des quotas de capture sont fixés annuellement, les casiers sont dimensionnés pour épargner les juvéniles, la saison de pêche est limitée aux quatre mois de l’été austral, en dehors de la période de ponte.

En 1966, une loi impose une autorisation préalable à toute activité de pêche dans les eaux des TAAF. Diverses tentatives de braconnage amènent Sapmer à armer un langoustier de surveillance, le Folgor, en 1970. Mais l’armement réunionnais ne restera pas longtemps seul à pêcher légalement la langouste du Grand Sud.